A la veille de l'arrivée à Moscou de la flamme olympique, les ONG s'alarment. Et des athlètes les soutiennent.

 Fabrice Coffrini/AFP
Fabrice Coffrini/AFP
Développer l'amitié entre les peuples, construire un monde meilleur, respecter l'autre et l'environnement… Ces grands principes, brandit par le Comité international olympique, ne figureront pas aux frontons des bâtiments olympiques de Sotchi du 7 au 23 février, dénoncent de nombreuses ONG internationales. Alors que la flamme olympique arrive à Moscou lundi prochain- jour de l'anniversaire de Vladimir Poutine – ces organisations de défenses des libertés ou des droits de l'homme, sans se donner le mot, publient rapport sur rapport sur la façon dont se préparent les jeux dans la région de Sotchi et mettent en avant les contradictions entre les valeurs prônées par le CIO et celles développées par le pays hôte. Parmi ces ONG : Amnesty international, Human Right Watch ou Reporters sans frontière.
A quelques mois des jeux, les autorités ont finalement décidé de faire la chasse aux travailleurs immigrés qui ont, pour beaucoup, travaillé sur les chantiers d'infrastructures sportives, dénonce HRW. "Beaucoup ont été détenus dans des conditions de détentions arbitraires et inhumaines", déclare Human Rights Watch. Selon les défenseurs des droits de l'homme sur place, les "autorités ont arrêté des centaines d'immigrés", la plupart "pris pour cible en raison de leur apparence non slave", assure HRW qui décrit des "cellules de détention temporaires surpeuplées", des incarcérations parfois "sans nourriture ou espace pour dormir", atteignant pour certains "plus d'une semaine" ainsi que des "expulsions du pays à la suite d'audiences de pure forme, sans avocat".

Nettoyages

"Le CIO doit envoyer un message clair que ces nettoyages sont totalement inacceptables pour une ville hôte des Jeux olympiques, et que les détentions abusives doivent cesser immédiatement" a alerté Jane Buchanan, directrice Europe-Asie centrale à HRW.
"Le traitement des travailleurs migrants par de nombreuses sociétés de Sotchi a été effroyable, y compris sur les sites olympiques clés ", assure Buchanan. "Mais au lieu de prendre des mesures efficaces pour empêcher l'exploitation des travailleurs migrants à Sotchi, le gouvernement semble se concentrer sur leur rassemblement et leur expulsion."

Et ce n'est pas la première fois que Human Right Watch alerte sur des violations des droits de l'homme dans le cadre de cette préparation des JO. Evictions forcées de 2000 familles en vue des travaux, répression des journalistes, adoption d'une loi anti-LGBT contraire à la Charte du CIO… les Russes semblent se concentrer sur la préparation commerciale des Jeux sans accorder grande attention à l'esprit censé entourer l'événement.
Une vision que partage Amnesty international. L'ONG a publié ce jeudi 3 octobre un communiqué intitulé "La flamme des Jeux olympiques d'hiver jette une lumière crue sur les violations des droits humains". Elle revient sur au moins six violations des droits de l'homme en Russie que les participants aux Jeux de 2014 risquent de cautionner par leur présence: le maintien en détention de prisonniers d'opinion, une nouvelle législation qui réduit le droit de protester pacifiquement dans le pays, celle, également relative aux ONG devenues des "agents étrangers", les lois homophobes ou encore celle sur le "blasphème", ainsi que l'absence d'enquête réelle sur les meurtres de journalistes et militants des droits humains.

Ecrans de fumée

"Les autorités de Russie ne doivent pas utiliser les écrans de télévision du monde entier et les diffusions des Jeux olympiques comme des écrans de fumée derrière lesquels elles peuvent attenter aux droits humains", clame John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.
Vladimir Akimenkov, Artiom Saviolov et Mikhaïl Kosenko, ou Anna Politkovskaïa, Natalia Estemirova, Khadjimourad Kamalov et Akhmednabi Akhmednabiev, parce qu'ils croupissent en prison pour un délit d'opinion ou parce que leur meurtre, pour des raisons d'opinion là encore, n'ont pas été élucidés, sont les premières victimes de la répression en Russie. Et, "toutes les personnes qui ont à cœur les droits humains, qui sont partie prenante aux Jeux olympiques, y compris celles qui participent aux préparatifs et à l'organisation, devraient s'exprimer sur les violations des droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique" assure John Dalhuisen. 
D'ores et déjà, des athlètes ont exprimé leurs réserves quant à leur participation aux JO de Sotchi. Dernière en date, la snowborder américaine Hannah Teter. La médaille d'or olympique de half-pipe en 2006 a déclaré qu'elle soutenait l'idée de boycotter les JO de Sotchi en raison notamment des lois homophobes. Il est en fait interdit aux athlètes de prendre des positions politiques lors des Jeux Olympiques et Hannah Teter pourrait être inquiétée si elle prenait position à Sotchi contre une loi russe.
"Je voudrais vraiment faire quelque chose qui aiderait à faire changer leur point de vue sur ce sujet", a-t-elle affirmé au "Time". "Même si cela signifiait avoir enfreint une règle ou une loi ? lui demande le magazine. "C'est ce que font les snowboarders , nous brisons les règles", dit Teter . "C'est notre sport, c'est de là que nous venons. Nous serions certainement un excellent exemple si nous faisions quelque chose comme ça."