zondag 1 december 2013

Bach, Haendel et danses royales à Angkor

Pour la première fois dans l'Histoire, une formation de 26 violons interprète des pages de Bach et de Haendel dans l'enceinte même du temple d'Angkor Vat avec le Ballet royal du CambodgePartager sur Facebook

Le site Angkor vat au Cambodge. (AFP / VOISHMEL)
Le site Angkor vat au Cambodge. (AFP / VOISHMEL)
Tout a commencé en avril 2012 au cœur de la Cité interdite, à Pékin, où la compositrice Odile Perceau donnait un concert avec le Quatuor à cordes Des Equilibres dans un environnement lumineux spectaculaire.
Le directeur de l’Ecole française d’Extrême Orient, Franciscus Verellen, était présent, tout comme Anne Lemaistre, la représentante de l’Unesco au Cambodge. Et l’un et l’autre se sont dit qu’un tel concert trouverait sa place à Angkor où l’on devait célébrer, en ce début de décembre 2013, le 10ème anniversaire de l’entrée du Ballet royal du Cambodge au Patrimoine immatériel de l’Humanité, ainsi que le 20ème anniversaire de la création du Comité international pour la Sauvegarde du site historique d’Angkor.
Au cœur du temple d’Angkor Vat
"Quelques mois plus tard, se souvient Odile Perceau, je découvrais Angkor à la recherche d’un lieu idéal pour monter un concert accompagné de danses du Ballet royal. Cela s’est produit à plusieurs reprises devant le temple d’Angkor Vat, mais pour cet événement exceptionnel, c’est au centre même du temple que j’ai pu jeter mon dévolu, avec l’accord d’Apsara, l’autorité qui assure la protection du site et de Kérya Chau Sun, son responsable. Ce sera dans une cour éclairée par le soleil couchant et assez vaste pour accueillir une scène, un orchestre et des centaines de spectateurs. Le dispositif scénique a été conçu par Beatrix de la Tour d’Auvergne, alors que les lumières qui vont naître en douceur dans la splendeur du coucher de soleil et le relayer sont imaginées par Marie Nicolas. Entretemps, il nous avait été proposé de soutenir la renaissance de l’Orchestre symphonique national de Birmanie longtemps mis en sommeil durant la dictature des militaires. Cela tombait fort bien. J’avais besoin de cordes pour le concert d’Angkor. Et les deux choses se sont magnifiquement imbriquées, jusqu’à devenir un événement culturel de première importance qui voit le Cambodge et la Birmanie établir par cet événement des relations culturelles inédites".
Bach, Haendel et les danses royales khmères
Etrange, surprenant programme que celui de ce concert donné exclusivement par des instruments à cordes qui fera entendre au sein du temple le plus emblématique d’Angkor le  "Concerto Grosso en ré mineur" de Georges Frédéric Haendel et l’Aria de la "Suite no 3" BWV 1068 de Jean-Sebastien Bach, ainsi que deux compositions d’Odile Perceau, "Garonne" et  "Partitas romanes". Et qui verra le Quatuor Des Equilibres entouré de 27 violonistes birmans. Mieux encore, la directrice du Ballet royal du Cambodge, la princesse Bopha Devi, demi-sœur du souverain régnant, a composé des chorégraphies dans la pure tradition des danses de palais khmères, mais en accord avec les pages de Bach et de Haendel, confrontant ainsi pour la première fois ces emblèmes des cultures asiatiques et européennes. Une confrontation dont les puristes pourraient s’alarmer à juste titre, en y voyant un sacrilège ou une quelconque inféodation des traditions millénaires des Khmers à la culture européenne, mais qui ne se fera que le temps des concerts d’Angkor Vat, les 5 et 6 décembre 2013.
Renaissance de l’Orchestre symphonique de Birmanie
En Birmanie, l’Orchestre symphonique avait été contraint d’abandonner son répertoire occidental sous les effets de la violence nationaliste de la dictature. Attaché à la télévision nationale, il n’était plus voué qu’à des musiques de divertissement. "Cependant, les 70 musiciens qui composent cette formation symphonique n’ont jamais cessé de jouer des ouvrages de Mozart ou d’autres compositeurs dans le secret de leur salle de répétition, souligne Odile Perceau, par passion comme pour ne pas perdre la main. Depuis, le Japon leur a offert une série de nouveaux instruments de facture allemande et, sous l’égide de la coopération avec la France, nous nous sommes engagés à relancer l’orchestre, à lui rétablir un répertoire, à lui construire des saisons symphoniques, à le faire connaître dans son propre pays qui n’en avait plus conservé que le souvenir. Il existe en Birmanie toute une jeunesse raffinée, cultivée, généreuse, avide de connaissances. Et parmi elle nos musiciens qui ont cette soif extraordinaire d’une musique dont ils ont été sevrés".
Premiers échanges entre Cambodgiens et Birmans
Pour la première fois, les musiciens birmans vont quitter la Birmanie. Et cet événement prend pour eux une importance considérable. Une importance pour tout le pays. Juste avant de se rendre à Angkor où il retrouvera le Ballet royal du Cambodge, l’Orchestre, sous la baguette d’Odile Perceau, aura enfin redonné des concerts dans son propre pays, au Théâtre national de Yangon, puis au Palais royal de Mandalay, lesquels auront été diffusés par les chaînes de radio nationales. Enfin le spectacle d’Angkor sera retransmis en direct par les télévisions birmanes et cambodgiennes, inaugurant ainsi un renouveau dans les relations entre les deux nations .
A Phnom Penh, sur un écran géant, et en France sur FR2
A Phnom Penh, le spectacle sera diffusé en direct au public sur un écran géant campé au coeur de la capitale. Mais il sera aussi repris plus tard en France par France 2 qui a eu la généreuse idée de s’associer à cette magnifique entreprise voyant deux peuples voisins, mais jusque là sans contact, rétablir des relations culturelles.
"Les musiciens sont birmans, les danseurs cambodgiens, le quatuor est français. Nous sommes au cœur de retrouvailles entre deux vieilles nations asiatiques que nous avons suscitées, sans pour autant les mener nous mêmes. Ce sont des échanges entre pays d’Asie qui ne passent pas par un intermédiaire occidental. Et c’est magnifique. On le réalise devant l’enthousiasme des Birmans, devant l’importance que les deux gouvernements attachent à ce grand dessein qui relève de l’irréel et qui aurait été impensable il y a peu".
A Angkor, toutes les places seront gratuites pour un public qu’on dit avoir voulu à 80 % cambodgien. Et cette entreprise, assurément bouleversante pour ses protagonistes du Cambodge et de Birmanie, est presque entièrement portée par deux mécènes français, dont la fondatrice de Khloros Concert, qui se sont lancés à cœur perdu dans l’aventure, dont la fondatrice de Khloros Concert, Véronique de Grivel-Perrigny.
Raphael de Gubernatis - Le Nouvel Observateur
Concerts à Angkor les 5 et 6 décembre à 18h30. Retransmission sur France 2

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